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Francophonie : des Jeux… et des dettes ! Quand l’État congolais abandonne ses entreprises patriotes

Francophonie : des Jeux… et des dettes ! Quand l’État congolais abandonne ses entreprises patriotes

Derrière les projecteurs, les stades flambants neufs, et les discours officiels vantant la réussite des IXᵉˢ Jeux de la Francophonie organisés en juillet 2023, se cache une réalité moins reluisante, presque honteuse. Celle de dizaines d’entreprises congolaises laissées pour compte, étranglées par un État qui semble avoir oublié ses engagements les plus élémentaires : honorer ses dettes.

Pour que la capitale congolaise soit prête à accueillir l’événement, d’importants travaux de construction et de réhabilitation d’infrastructures sportives ont été engagés. Si les entreprises internationales engagées dans ce vaste chantier ont pour la plupart été payées, les sociétés locales, elles, attendent toujours leur dû.

Une attente meurtrière

« Nous ne savons plus à quel saint nous vouer », souffle, la gorge serrée, un entrepreneur victime de ce qu’il appelle un « sabotage institutionnalisé ». Un autre n’aura pas eu la chance de le dire de vive voix. Il a été arrêté chez lui, par le parquet, à la suite d’une plainte de fournisseur non payé, et est décédé quelques heures plus tard. Un autre, en Europe, a succombé à un malaise après une altercation verbale tendue avec un représentant syndical de ses ouvriers. Deux morts, et combien d’autres drames silencieux à venir ?

Une situation économiquement suicidaire

Les retards de paiement ont provoqué des effets en chaîne : impossibilité de rembourser les dettes contractées auprès des banques, arrêt de chantiers, faillites techniques, licenciements. « Nous avons travaillé dans un esprit de patriotisme. Aujourd’hui, c’est ce même patriotisme qui nous coûte la vie », tonne un entrepreneur anonyme. L’État congolais leur avait demandé de contribuer à la réussite d’un événement d’envergure internationale. Elles l’ont fait. Et aujourd’hui ? Il les oublie.

Une lettre de trop ?

Face à cette inertie institutionnelle, le Groupe des entreprises ayant exécuté les travaux a envoyé une mise en demeure au ministre d’État en charge des Infrastructures et Travaux publics, avec copie aux plus hautes autorités de l’État, dont le président Félix Tshisekedi. Le ton est grave, presque désespéré :

« Près de trois ans après le début des travaux, de nombreuses factures restent impayées […] Nos entreprises continuent de subir les conséquences néfastes de ces non-paiements […] Nous vous mettons en demeure d’ordonner le paiement dans un délai de dix jours. »

Et si rien ne bouge ? « Nous allons passer à une autre étape : des manifestations publiques, pacifiques mais déterminées », préviennent les signataires.

Un choix de société

Ce dossier dépasse largement la simple question d’impayés. Il révèle une faillite morale et structurelle. Que vaut un État qui célèbre ses victoires mais enterre ceux qui les ont rendues possibles ? Pourquoi les partenaires étrangers sont-ils honorés, pendant que les nationaux crèvent à petit feu ? Quelle confiance construire dans un tel environnement ?

La République Démocratique du Congo ne peut pas continuer à faire de ses entrepreneurs de simples prestataires corvéables, bons à applaudir mais jamais à payer. Il est temps que la parole publique retrouve son poids, et que l’État tienne ses engagements. Car ce n’est pas seulement une question de finance, mais de justice. Et d’honneur.

En résumé , ces entreprises réclament:
• Le paiement immédiat de toutes les factures liées aux travaux exécutés dans le cadre des Jeux de la Francophonie ;
• La reconnaissance officielle des entreprises locales dans les bilans de l’événement ;
• L’engagement de l’État à ne plus pénaliser ses propres entreprises au profit d’intérêts étrangers.

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