Depuis quelque temps, les autorités de pays comme la Belgique et la France multiplient les déclarations alarmistes face à la hausse des demandes d’asile introduites par des ressortissants congolais.
Mais derrière cette inquiétude affichée se dessine une posture pour le moins troublante.Certains dirigeants européens semblent réduire l’exil à un choix de confort, comme si des Congolais quittaient volontairement leurs familles, leurs repères et leur dignité, allant jusqu’à risquer leur vie sur des routes migratoires mortelles.
Cette lecture n’est pas seulement erronée : elle est profondément indécente.Car, dans le même temps, ces puissances continuent de soutenir, directement ou indirectement, un régime qui opprime, persécute et tue ses propres citoyens.
Hier encore, la communauté internationale affichait une certaine fermeté à l’égard du régime de Joseph Kabila. Aujourd’hui, cette exigence s’est dissipée face à un pouvoir pourtant plus répressif, mais manifestement plus accommodant aux intérêts occidentaux, notamment dans le secteur minier.
Pendant ce temps, en République démocratique du Congo, la situation des droits humains atteint un niveau alarmant.
Opposants et journalistes sont arrêtés arbitrairement, enlevés, séquestrés, parfois exécutés. Les manifestations sont violemment réprimées dans un silence international assourdissant.
Des milices pro-gouvernementales — Force du progrès, WEWA, Mobondo — imposent leur loi dans une impunité totale, semant la terreur sans qu’aucune enquête sérieuse ne soit exigée.
À l’Est du pays, des populations entières sont abandonnées. Les groupes armés dits Wazalendo, présentés comme des alliés, commettent eux aussi de graves exactions, avec une complaisance à peine voilée de la communauté internationale.
Familles disloquées, citoyens stigmatisés selon leur origine ou leur position politique, liberté de circulation entravée : le pays s’enfonce dans un climat de peur généralisée où toute voix critique est réduite au silence.
Depuis 2024, au moins 237 opposants et journalistes ont été enlevés, arrêtés, séquestrés, jugés ou tués.
Dans le même intervalle, au moins 483 manifestants ont été tués ou enlevés dans des conditions atroces, notamment à Goma (massacre de la communauté religieuse dite Wazalendo), dans le Grand Katanga et à Kinshasa.
Et pourtant :
aucune enquête crédible,
aucune condamnation ferme,
aucune pression réelle,
aucune sanction significative.
Un constat s’impose : tant que les intérêts économiques de l’Occident — en particulier l’accès aux ressources minières — sont préservés, la souffrance du peuple congolais reste reléguée au second plan.
Il faut le dire clairement : les Congolais ne choisissent pas l’exil, ils y sont contraints.Fuir son pays n’est jamais un projet de vie. C’est un acte de survie.
Si l’Europe veut réellement répondre à l’augmentation des demandes d’asile, elle doit s’attaquer aux causes profondes de ce phénomène.Cela implique de rompre avec toute complaisance envers un régime qui viole systématiquement les droits fondamentaux, et d’exiger, avec cohérence, l’instauration d’un véritable État de droit.
Lutter contre ce drame ne consiste pas à externaliser les frontières ni à coopérer avec ceux qui persécutent leur propre peuple.C’est défendre, enfin, les principes que l’on prétend incarner.
Me RAMAZANI SHABANI Nuur
Haut Représentant du parti








