Kinshasa, 30 mai 2026 – Un cadre du ministère des Droits humains a saisi la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) pour dénoncer ce qu’il qualifie d’« enlèvement d’État masqué en convocation », mettant directement en cause le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, ainsi que certains responsables de son cabinet.
Dans une correspondance datée du 28 mai 2026 et adressée au président de la CNDH, le Dr Jean-Pierre Samba Tele, expert national en droits humains au sein du ministère, affirme avoir été victime d’une détention arbitraire et d’une « torture morale » à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux.
Selon son récit, les faits trouvent leur origine dans un message publié le 21 mai dernier sur Facebook. Réagissant à une vidéo devenue virale montrant un citoyen agressé à Masina en raison de son appartenance ethnique présumée, il avait alerté sur les risques de stigmatisation communautaire et appelé à privilégier « le changement des vies plutôt que le changement de la Constitution ».
Le plaignant affirme avoir ensuite été contacté par des responsables de la communication et du cabinet du ministère pour s’expliquer sur cette publication, jugée selon eux susceptible de stigmatiser la communauté luba.
Une convocation qui tourne à l’interpellation
Le Dr Samba Tele raconte qu’après avoir répondu à une invitation au cabinet du directeur de cabinet du ministère, il aurait été conduit contre son gré par deux hommes vers un véhicule stationné devant le ministère. À bord se trouvaient, selon lui, un militaire et un chauffeur.
Il affirme avoir été emmené au Conseil national de cyberdéfense, situé à Gombe, où il aurait subi un interrogatoire d’environ dix heures avant d’être finalement relâché.
Toujours selon sa version des faits, aucun élément pénal n’aurait été retenu contre lui. Toutefois, son téléphone portable aurait été retenu pour les besoins de l’enquête et un contrôle judiciaire lui aurait été imposé.
Demande d’enquête et de réparation
Dans sa plainte, l’expert du ministère estime que cette procédure constitue une violation de ses droits fondamentaux. Il demande à la CNDH d’établir les responsabilités, de faire toute la lumière sur les circonstances de son interpellation et d’obtenir réparation pour les préjudices qu’il affirme avoir subis.
La correspondance a également été transmise, pour information, au président de la République, à la Première ministre, au ministre de la Justice, au Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme ainsi qu’au ministre des Droits humains.
À l’heure de la publication de cet article, aucune réaction officielle du ministère des Droits humains n’était encore disponible concernant ces allégations.
Un précédent impliquant une journaliste d’AUTHENTIK.CD
Cette affaire n’est pas sans rappeler l’interpellation de la journaliste et directrice commerciale d’AUTHENTIK.CD, Divine Mwaluke, survenue en mars 2026 à Kinshasa.
Alors qu’elle couvrait une manifestation des jeunes de Lamuka au rond-point Ngaba contre le projet de changement de la Constitution, la journaliste avait été interpellée de manière musclée par des éléments de la Police nationale congolaise. Après plusieurs jours de détention, elle avait été transférée dans les installations de l’Agence nationale des renseignements (ANR), où elle avait été soumise à des interrogatoires menés notamment par des agents du Conseil national de cyberdéfense.
Cette affaire avait suscité des inquiétudes au sein des organisations de défense de la liberté de la presse, plusieurs observateurs dénonçant une atteinte à la liberté d’informer et à l’exercice du métier de journaliste.
Les allégations formulées aujourd’hui par le Dr Jean-Pierre Samba Tele, expert au ministère des Droits humains, relancent ainsi les interrogations sur les méthodes d’interpellation et d’audition employées dans des dossiers liés à des prises de position publiques ou à l’expression d’opinions critiques.
Alexis Ketinda








