Kinshasa, 18 février 2025 – Il y a 19 ans jour pour jour, la République Démocratique du Congo tournait une page majeure de son histoire avec la promulgation de la Constitution du 18 février 2006 par Joseph Kabila. Ce texte fondamental, voté par référendum, marquait la fin d’une transition politique de 16 ans, amorcée en 1990 sous le Maréchal Mobutu Sese Seko, et la mise en place d’un cadre institutionnel censé stabiliser le pays après des décennies de crise.
18 février 2006 : Une journée historique
C’est au Palais de la Nation, à Kinshasa, que Joseph Kabila signait cette nouvelle Constitution, en présence de plusieurs chefs d’État africains et figures internationales, dont Denis Sassou Nguesso (président du Congo-Brazzaville et président en exercice de l’Union Africaine), Thabo Mbeki (président d’Afrique du Sud), Ketumile Masire (ancien président du Botswana et facilitateur du dialogue inter-congolais) et Louis Michel (commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire).
Ce jour-là, la RDC adoptait également de nouveaux symboles nationaux :
– Un nouveau drapeau et des nouvelles armoiries (remplacement du lion par la tête de léopard, symbole de pouvoir dans la tradition congolaise).
– De nouvelles couleurs nationales (bleu, rouge et jaune), inspirées de la Constitution de Luluabourg de 1964.
– Le maintien de l’hymne national “Debout Congolais”, symbole de continuité.
Un parcours semé de défis : Réformes et crises politiques
Depuis son adoption, la Constitution de 2006 a été mise à l’épreuve par de nombreuses crises politiques et sécuritaires. Parmi les moments marquants :
– Révision constitutionnelle de 2011 : le texte fondamental a été modifié pour supprimer le second tour de l’élection présidentielle, facilitant ainsi la réélection de Joseph Kabila dans un contexte de forte contestation.
– Tensions politiques entre 2016 et 2018, avec le report des élections et l’incertitude sur la transition politique.
– Alternance démocratique en 2018, première de l’histoire du pays, avec l’élection de Félix Tshisekedi.
– Conflits persistants à l’Est, en particulier avec la rébellion du M23 soutenu par le Rwanda, qui continue de déstabiliser la région du Kivu.
Vers un changement constitutionnel suspendu ?
Ces derniers mois, le débat sur une possible modification ou refonte de la Constitution semblait être l’un des chantiers prioritaires du régime en place. Plusieurs voix proches du pouvoir, notamment celle d’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS (parti présidentiel), avaient exprimé la nécessité d’une adaptation des institutions aux réalités actuelles. Parmi les pistes évoquées :
– Un éventuel retour au scrutin présidentiel à deux tours.
– Des ajustements sur le mode de désignation des gouverneurs et sénateurs.
– Des modifications institutionnelles visant à renforcer le pouvoir exécutif.
Cependant, l’évolution de la situation sécuritaire à l’Est a remis en question ces ambitions. Depuis la prise des villes de Goma et Bukavu par le M23, le débat constitutionnel semble être relégué au second plan. Augustin Kabuya lui-même a récemment déclaré que la priorité actuelle était de “bouter l’ennemi hors de nos frontières”, signifiant ainsi une mise en pause des discussions sur la réforme constitutionnelle.
Perspectives : Une Constitution qui tient bon face aux épreuves
Alors que la Troisième République fête ses 19 ans, la question du cadre institutionnel reste au cœur des débats. Si la Constitution de 2006 a permis une alternance démocratique et un cadre légal relativement stable, elle demeure confrontée aux défis de gouvernance, de réformes institutionnelles et de sécurité nationale.
Le futur dira si la RDC poursuivra avec ce texte fondamental ou si les circonstances politiques et sécuritaires pousseront à un nouveau changement. Mais une chose est sûre : le véritable enjeu aujourd’hui reste la souveraineté du pays et la stabilité de ses institutions dans un contexte de crise sécuritaire majeure.
TK








