Initialement prévu le 7 avril 2025 à l’Accor Arena, le concert caritatif « Solidarité Congo », destiné à soutenir les enfants victimes du conflit à l’Est de la RDC, a été reporté à la demande de la Ville de Paris. La décision fait suite à une vive polémique liée à la date choisie, qui coïncide avec la Journée nationale de commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda.
La Ville de Paris a saisi, par courrier daté du 10 mars, le Préfet de police Laurent Nuñez afin de demander l’interdiction du concert « Solidarité Congo », prévu le 7 avril. Une décision motivée par des risques de troubles à l’ordre public, dans un climat de fortes tensions entre certaines communautés rwandaise et congolaise de la diaspora.
Cette alerte fait suite à une lettre adressée à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, par plusieurs personnalités et organisations, dont l’ambassadeur du Rwanda en France, François Nkulikiyimfura, le président de l’association Ibuka France, le président de la Communauté Rwandaise de France, ainsi que l’association Tubeho Family, regroupant des rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Tous dénoncent le choix de la date du 7 avril, jour hautement symbolique pour la mémoire rwandaise, comme étant « inapproprié » pour la tenue d’un événement festif, malgré ses intentions humanitaires.
Dans son communiqué du 25 mars, la Ville de Paris affirme que « des propos haineux tenus contre les Rwandais et les Tutsi sur les réseaux sociaux, en lien avec l’annonce de ce concert, ont confirmé la nécessité de l’annuler s’il devait se tenir à cette date. » Par ailleurs, l’UNICEF, initialement partenaire de l’événement, a annoncé son retrait, refusant d’être associée à un événement susceptible de provoquer des tensions communautaires.
Une décision « imposée » que regrettent les organisateurs
Dans une déclaration publiée dans la foulée, les organisateurs du concert ont exprimé leur profond regret face à une décision qu’ils estiment ne pas refléter ni leur volonté, ni celle du public, ni celle des artistes engagés.
« Ce report n’est pas de notre fait. Il nous est imposé par les autorités administratives, en dépit de tous les efforts que nous avons déployés pour maintenir cette mobilisation inédite dans des conditions de respect, de paix et de solidarité », déclarent-ils.
Les organisateurs réaffirment que le concert « n’a jamais eu vocation à heurter qui que ce soit », et insistent sur la portée humanitaire, artistique et fraternelle de l’initiative. Ils affirment avoir proposé des alternatives, dans une volonté d’apaisement, qui n’ont malheureusement pas abouti.
« Solidarité Congo n’est pas un simple concert : c’est un cri du cœur, une réponse artistique et fraternelle à la détresse des enfants victimes de la guerre à l’Est de la République Démocratique du Congo », poursuivent-ils.
Ils promettent l’annonce prochaine d’une nouvelle date, et assurent que les billets seront remboursés pour les personnes qui ne pourront y assister. Malgré le report, ils affirment que leur engagement « ne s’éteint pas », et que Solidarité Congo reste « un pont entre les peuples, un appel à la conscience et une promesse de solidarité ».
Un contexte régional sous tension
Le report de ce concert intervient dans un contexte de vives tensions diplomatiques et communautaires liées à la crise persistante dans l’Est de la RDC, où le gouvernement congolais accuse le Rwanda de soutenir la rébellion du M23. Ces accusations, rejetées par Kigali, ont ravivé des crispations historiques entre les deux pays, y compris au sein de leurs diasporas respectives.
Ce différend met en lumière les fragilités du vivre-ensemble dans les diasporas africaines en France, et interroge sur la manière de commémorer, de s’exprimer et de se mobiliser autour des douleurs du continent, sans opposer les mémoires.








