Trois ans après la chute de la cité de Bunagana aux mains des rebelles du M23, le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, monte une nouvelle fois au créneau. Dans une déclaration solennelle publiée ce jeudi, il fustige l’inaction prolongée du gouvernement congolais, l’indifférence de la communauté internationale et la complicité du Rwanda, tout en appelant à replacer la justice et les réparations au cœur de toute sortie de crise durable dans l’Est de la RDC.
Trois ans d’occupation, trois ans de souffrances
Le 13 juin 2022, le M23 prenait le contrôle de Bunagana, cité stratégique du territoire de Rutshuru, avec le soutien militaire du Rwanda, selon les Nations unies. Depuis, des centaines de milliers de civils ont été déplacés, et plusieurs localités du Nord-Kivu sont passées sous administration parallèle.
Dans son message, le prix Nobel de la paix souligne la gravité de la situation :
« Cela fait 3 ans que nos concitoyens sont plongés dans la souffrance […] confrontés aux humiliations face à un régime d’exploitation et de prédation. »
Il dénonce une « surmilitarisation dangereuse » et une gouvernance sécuritaire hasardeuse de Kinshasa, reposant sur des alliances fluctuantes et l’externalisation de la réponse militaire.
Des critiques sévères à l’égard de Kinshasa et de la diplomatie régionale
L’ancien candidat à la présidentielle n’épargne pas le pouvoir congolais :
« Les autorités n’ont jamais déployé la volonté politique nécessaire pour réformer le secteur de la sécurité […] et sont en grande partie responsables de la dégradation sécuritaire. »
Il critique également l’inefficacité des initiatives diplomatiques successives (Doha, Nairobi, Luanda, Addis-Abeba) et l’incapacité de la communauté internationale à faire respecter le droit international malgré l’adoption en février dernier de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui appelle au retrait immédiat des forces étrangères du territoire congolais.
Un appel à la justice comme fondement de la paix
Denis Mukwege insiste sur l’importance de ne pas sacrifier la justice dans les négociations en cours :
« Seule la justice et des réparations pourront briser le cycle de la violence et de l’impunité et prévenir la répétition des conflits en RDC et dans la région des Grands Lacs. »
Il exprime sa solidarité avec les populations vivant en zone occupée, exhortant à une action internationale cohérente et décisive pour mettre fin à ce qu’il considère comme une agression caractérisée contre la souveraineté congolaise.








