Kinshasa 19 décembre 2025| Une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Kinshasa met en lumière le rôle complexe et ambivalent de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) dans la crise de légitimité du pouvoir politique en République démocratique du Congo. Intitulée « Intervention de la CENCO face à la crise de légitimité du pouvoir politique en RD Congo : entre forces sociales de changement, forces de soutien et de reproduction du bloc historique », cette recherche est l’œuvre de Khenda Ginyongo José-Joachim, docteur en Sciences politiques et administratives.
Présentée devant un jury présidé par le professeur Gaston Mwene Batende, la thèse a été sanctionnée par la mention la plus grande distinction. Elle analyse en profondeur l’engagement sociopolitique de l’Église catholique congolaise dans un contexte marqué par des crises politiques récurrentes, une faible institutionnalisation de l’État et une rupture persistante entre gouvernants et gouvernés.
Une Église entre contestation et stabilisation du pouvoir
Au cœur de cette étude se trouve une thèse centrale : la CENCO n’agit ni exclusivement comme force de changement, ni uniquement comme soutien du pouvoir, mais comme un acteur transversal, capable d’endosser simultanément trois fonctions majeures.
D’une part, elle se positionne comme force sociale de transformation, à travers son engagement dans l’éducation, la santé, la défense des droits humains et la mobilisation citoyenne. D’autre part, au nom de la paix et de la stabilité, elle joue parfois un rôle de soutien indirect au régime, contribuant malgré elle à la légitimation d’un pouvoir contesté. Enfin, en privilégiant l’apaisement et le dialogue, la CENCO participe aussi à la reproduction du bloc historique, concept inspiré d’Antonio Gramsci, désignant l’ensemble des mécanismes par lesquels une élite maintient son hégémonie.
Cette ambivalence est illustrée notamment par le rôle joué par l’Église lors des élections de 2018, où le déploiement de plus de 40 000 observateurs a permis d’éviter une crise majeure, sans toutefois déboucher sur des réformes structurelles durables.
Une mission prophétique assumée, mais aux effets limités
La recherche rappelle que la CENCO demeure une vigie morale dans la société congolaise. À travers les prises de position de figures emblématiques telles que les cardinaux Malula, Etsou, Monsengwo et Ambongo, l’Église a régulièrement dénoncé la corruption, le clientélisme, la personnalisation du pouvoir et l’abandon des populations.
Cependant, l’auteur souligne que cette mission prophétique, bien que essentielle, reste souvent réactive et ponctuelle, peinant à se traduire en transformations politiques profondes. La résistance des élites politiques, l’immobilisme institutionnel et la persistance des pratiques clientélistes limitent l’impact réel de ces interpellations morales.
Vers un contre-bloc éthique et citoyen
En conclusion, la thèse plaide pour une évolution stratégique de l’action de la CENCO. Au-delà de la dénonciation, l’Église est invitée à contribuer à la construction d’un contre-bloc éthique, fondé sur la citoyenneté active, l’éducation politique des masses, la collaboration avec les intellectuels engagés et le soutien aux initiatives citoyennes.
Dans un État marqué par une faible légitimité institutionnelle, la CENCO apparaît ainsi comme une boussole morale indispensable, mais fragile, prise entre les attentes du peuple, les pressions du pouvoir et ses propres limites. Ni parti politique, ni simple institution religieuse, elle demeure un acteur clé de médiation, appelé à articuler spiritualité, éthique et engagement citoyen au service du bien commun.
Divine Mwaluke








