Le 7 novembre 2024, l’Université de Kinshasa a accueilli la soutenance de thèse du Chef des Travaux Benoit-Janvier Tshibuabua Kapy’a, un moment marquant dans le monde académique congolais. Le candidat a présenté sa thèse intitulée : “Catégories conceptuelles et pratique de décentralisation au regard de la gouvernementalité en République Démocratique du Congo : Communalisation des entités territoriales décentralisées pour une rationalisation du découpage administratif de 2006”. Cette soutenance a mis en lumière les enjeux fondamentaux autour de la décentralisation en RDC, un sujet souvent abordé sous un angle politique et institutionnel.
Un sujet d’actualité : la décentralisation inachevée
Dans sa thèse, Benoit-Janvier Tshibuabua Kapy’a explore les catégories conceptuelles de la décentralisation en RDC et leur lien avec la gouvernementalité, c’est-à-dire les modes de gestion de l’État. L’auteur souligne que la décentralisation en République Démocratique du Congo, bien que constitutionnellement adoptée en 2006, reste encore une promesse inachevée. Pour lui, contrairement à l’idée communément reçue selon laquelle la décentralisation serait chaotique, il estime qu’elle est simplement inachevée et qu’il existe un potentiel inexploité à ce niveau pour renforcer la gestion locale.
L’analyse de la décentralisation en RDC, selon Tshibuabua, a été entravée par une politisation excessive, où les enjeux politiques ont souvent pris le dessus sur les aspects techniques et administratifs nécessaires à sa mise en œuvre réussie. Le système politique congolais a ainsi été une source de contradictions qui, loin de faciliter la décentralisation, a rendu son application incohérente. « La décentralisation n’a pas échoué, elle est inachevée », affirme-t-il avec conviction, soulignant que des aspects cruciaux comme la rationalisation du découpage administratif et la gestion des entités territoriales décentralisées n’ont pas encore été mis en place de manière optimale.
L’importance d’une décentralisation rationalisée
Un des principaux arguments de la thèse est que la décentralisation, lorsqu’elle est appliquée de manière rationnelle, pourrait constituer un levier majeur pour résoudre les problèmes locaux, notamment dans les régions éloignées du pays. Benoit-Janvier Tshibuabua explique que la majorité de la population congolaise vit dans les zones rurales, où les infrastructures et les services de base demeurent largement insuffisants. Une décentralisation rationalisée permettrait de traiter ces problèmes directement au niveau local, en mobilisant les ressources et compétences des autorités territoriales.
Pour l’auteur, la décentralisation ne doit pas se limiter à un simple transfert de compétences de l’État central vers les entités locales. Elle doit être pensée comme un processus structuré qui optimise la communication entre les différents niveaux de gouvernement, tout en assurant une meilleure allocation des ressources. La rationalisation du découpage administratif de 2006, par exemple, est une question cruciale pour garantir que les entités territoriales puissent jouer leur rôle efficacement. Actuellement, trop de questions administratives et de gestion des affaires publiques passent par des circuits trop centralisés, en particulier à Kinshasa, où de nombreuses décisions qui devraient relever des autorités locales, comme la gestion de l’état civil ou des questions administratives, dépendent encore des plus hauts sommets de l’État : le Président de la République, la Première Ministre, etc.
Un jury de haut niveau et une mention « Grande Distinction »
Les débats lors de la soutenance ont été particulièrement animés, témoignant de la richesse du sujet et de l’engagement intellectuel du candidat. Le jury, composé des professeurs Mwayila Tshiyembe, Meya Ngemba, Banyaku Luape, Lotoy Ilango et Djoli Esengekeli, a salué la profondeur de l’analyse et la pertinence de la thèse. Les membres du jury ont estimé que le travail apportait une contribution significative à la réflexion sur la décentralisation en RDC et qu’il méritait une mention « Grande Distinction », la plus haute distinction décernée par l’Université de Kinshasa.
Perspectives et enjeux futurs
L’issue de cette soutenance marque un tournant pour les réflexions sur la décentralisation en RDC. Benoit-Janvier Tshibuabua Kapy’a a souligné que son travail ne se voulait pas une critique systématique de l’approche actuelle, mais plutôt une invitation à repenser le processus de décentralisation en le plaçant dans une perspective plus pragmatique et moins politisée. Selon lui, il est impératif que la RDC adopte une approche inclusive et fonctionnelle de la décentralisation, qui soit au service des citoyens et de leur bien-être quotidien.
La thèse de M. Tshibuabua ouvre ainsi un champ de réflexion pour les responsables politiques, les universitaires et les acteurs de la société civile en RDC. Il est essentiel que la question de la décentralisation soit abordée de manière holistique, en tenant compte des réalités locales et en impliquant les communautés dans les processus décisionnels.
Le travail de Benoit-Janvier Tshibuabua Kapy’a sur la décentralisation en République Démocratique du Congo s’impose comme un outil de réflexion stratégique pour l’avenir de l’administration publique en RDC. En soulignant la nécessité de rationaliser le découpage administratif de 2006 et de permettre une gestion plus autonome et plus locale des affaires publiques, l’auteur invite à dépasser les blocages politiques qui freinent encore aujourd’hui l’implémentation efficace de la décentralisation. Sa thèse s’inscrit ainsi dans un projet de transformation institutionnelle et sociale qui pourrait offrir de nouvelles solutions pour le développement de la RDC.
Divine Mwaluke








