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Jean-Marc Kabund brise le silence : prison, crise sécuritaire et opposition au gouvernement d’union nationale

Jean-Marc Kabund brise le silence : prison, crise sécuritaire et opposition au gouvernement d’union nationale

Kinshasa, 6 mars 2025 – Après deux ans et demi d’incarcération à la prison centrale de Makala, Jean-Marc Kabund, ancien président intérimaire de l’UDPS et ex-proche du président Félix Tshisekedi, revient sur son emprisonnement, la crise sécuritaire à l’Est et sa position sur l’avenir politique du pays. Il dénonce des détentions arbitraires, critique la gestion du conflit avec le M23 et rejette fermement la proposition d’un gouvernement d’union nationale.

Accusé d’outrage au chef de l’État, Kabund avait été condamné à sept ans de prison avant d’être libéré le 21 février dernier après 30 mois de détention. Il affirme avoir été persécuté politiquement mais assure ne ressentir ni haine ni rancune.

Cette prison m’a appris deux choses : le pardon et la patience. Quand on vous condamne injustement sous ordre direct du président de la République, il ne reste qu’à patienter jusqu’au jour de votre libération.”

Il insiste sur le fait que sa libération ne doit pas masquer la réalité de nombreuses autres détentions qu’il juge arbitraires. Il cite notamment Jacky Ndala ainsi que plusieurs généraux katangais, dont Philemon Yave et Dja Dja, détenus sans jugement depuis plusieurs années.

Un pouvoir ne peut pas se résumer à arrêter et enfermer ses opposants sans procès équitable.”

Lorsqu’il évoque la mutinerie qui a secoué la prison de Makala le 1er septembre 2024, il contredit fermement les chiffres officiels du gouvernement. Alors que les autorités ont annoncé 129 morts, il parle de près de 2000 victimes et accuse les forces de sécurité d’avoir réprimé la tentative d’évasion avec une violence extrême.

Le bilan officiel est faux. Nous, les prisonniers, avons ramassé et évacué les corps. Il y avait près de 2000 morts. L’administration carcérale avait établi un rapport interne mentionnant au moins 1500 décès, mais ce document reste confidentiel.”

Il révèle également que 400 femmes détenues ont été victimes de viols commis par des prisonniers profitant du chaos et accuse les forces de sécurité de n’avoir rien fait pour empêcher ces atrocités.

Les forces de sécurité n’ont pas agi à temps, laissant les femmes exposées à des atrocités inqualifiables.”

Concernant la crise sécuritaire à l’Est, Kabund critique ouvertement la gestion de Félix Tshisekedi et appelle la communauté internationale à exiger le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.

“Le Rwanda viole le droit international et la Charte des Nations Unies. Il doit retirer ses troupes de la RDC.”

S’opposant à la ligne officielle du gouvernement, il estime qu’un dialogue avec le M23 est inévitable. Selon lui, la RDC n’a pas les capacités militaires pour imposer une solution par la force, ce qui exige une approche diplomatique en deux étapes : d’abord un dialogue international sous l’égide des organisations régionales et de l’ONU pour obtenir le retrait des forces rwandaises, puis un dialogue national avec le M23 une fois qu’il sera débarrassé des éléments étrangers.

Dire qu’on ne négociera jamais avec le M23 est une absurdité. Nous devons être stratégiques et envisager une solution politique.”

Kabund rejette catégoriquement l’idée d’un gouvernement d’union nationale proposée par Tshisekedi. Il y voit une manœuvre politique destinée à masquer une crise de gouvernance profonde.

“Tshisekedi dit avoir gagné avec 73% et obtenu 450 députés. Pourquoi a-t-il besoin de l’opposition ? C’est une preuve qu’il fait face à une crise totale de gouvernance.”

Il souligne que l’opposition doit se préparer dès maintenant pour éviter les erreurs du passé et propose une réflexion collective en vue de 2028. S’il reconnaît le rôle incontournable de Joseph Kabila sur l’échiquier politique, il affirme être ouvert au dialogue avec tous les acteurs, y compris Corneille Nangaa, le chef du M23.

“Si j’avais son contact, je l’appellerais. Je lui dirais d’arrêter de verser le sang des Congolais et d’accepter un vrai cessez-le-feu.”

Avec ses prises de position, Jean-Marc Kabund se repositionne comme un acteur clé de l’opposition congolaise. Son discours tranche avec celui du gouvernement et ouvre la voie à une nouvelle dynamique politique en RDC.

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