L’ancien chef rebelle congolais et ex-ministre du Commerce extérieur, Roger Lumbala, comparaît devant la justice française pour complicité de crimes contre l’humanité. Un procès historique qui met en lumière les atrocités commises durant la deuxième guerre du Congo et le rôle controversé de certains acteurs politiques de cette époque.
Un ancien rebelle devenu ministre
Fondateur du mouvement rebelle RCD-National, Roger Lumbala s’était imposé au début des années 2000 comme l’un des acteurs majeurs de la rébellion opposée au pouvoir de Kinshasa. Son groupe, actif notamment dans les provinces du Nord-Est (Ituri, Haut-Uélé, Tshopo), a été impliqué dans plusieurs offensives armées entre 2001 et 2003, période marquée par des violences extrêmes contre les populations civiles.
Après les accords de paix, Lumbala avait rejoint la vie politique nationale et occupé un poste ministériel dans le gouvernement de transition dirigé par Joseph Kabila, avant de redevenir député.
Des crimes contre des civils
Selon le Parquet national antiterroriste (PNAT) français, les troupes du RCD-National auraient mené, entre 2002 et 2003, des opérations militaires caractérisées par des meurtres, tortures, violences sexuelles et disparitions forcées de civils dans la zone d’Isiro–Bafwasende–Buta–Banalia.
Ces actes, commis dans un contexte de conflit armé, sont considérés comme des crimes contre l’humanité.
Les enquêteurs estiment que Roger Lumbala, en tant que dirigeant politique et militaire, aurait participé à ces exactions ou fourni un soutien à leurs auteurs.
La France compétente pour juger ces crimes
Si le procès se déroule à Paris, c’est en vertu du principe de compétence universelle, qui permet à la justice française de poursuivre les auteurs présumés de crimes contre l’humanité commis à l’étranger, dès lors que le suspect se trouve sur son territoire.
Roger Lumbala, installé en France depuis plusieurs années, y a été arrêté en décembre 2020, avant d’être mis en examen en janvier 2021.
Un procès symbolique
Le procès de Roger Lumbala, ouvert en 2025 devant la Cour d’assises de Paris, revêt une portée particulière : c’est la première fois qu’un ressortissant congolais est jugé en France pour des crimes contre l’humanité commis en République démocratique du Congo.
Plusieurs victimes congolaises et ONG internationales comme la FIDH et TRIAL International se sont constituées parties civiles, espérant que la justice française contribuera à briser l’impunité qui entoure les crimes du passé.
Un signal contre l’impunité
Ce procès, au-delà du cas Lumbala, illustre la montée en puissance de la justice internationale face aux crimes commis en Afrique. Il intervient alors que de nombreuses voix, en RDC comme ailleurs, réclament la mise en place de mécanismes nationaux de justice transitionnelle pour juger les crimes commis pendant les conflits armés.
Pour beaucoup d’observateurs, l’affaire Roger Lumbala constitue un tournant symbolique : elle rappelle que, même vingt ans après les faits, les auteurs présumés de crimes contre l’humanité peuvent être appelés à rendre des comptes, où qu’ils se trouvent.








