Kinshasa, RDC — Les inondations constituent aujourd’hui l’un des risques climatiques les plus dévastateurs en République démocratique du Congo. Une réalité que met en lumière la thèse de doctorat soutenue par Sœur Damienne Agathe Nkweso Mpia, à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), consacrée aux « Inondations et vulnérabilité de la population dans la ville de Bandundu ».
Située à la confluence des rivières Kasaï, Kwango et Kwilu, la ville de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, est particulièrement exposée aux crues et aux aléas hydroclimatiques. Son climat subéquatorial, caractérisé par des précipitations abondantes, combiné à une topographie basse et marécageuse, en fait un espace urbain à haut risque d’inondation.
Une vulnérabilité aggravée par le changement climatique
S’appuyant sur l’analyse des données climatiques (températures et précipitations) couvrant la période 1981–2021, la recherche révèle une variabilité climatique marquée, avec une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes pluvieux extrêmes. Ces évolutions, cohérentes avec les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), accentuent la récurrence des inondations dans la ville.
Mais au-delà des facteurs naturels, la thèse identifie plusieurs causes anthropiques aggravantes, notamment :
une urbanisation anarchique et non planifiée, l’occupation des zones non aedificandi, l’insuffisance des ouvrages de drainage et d’assainissement, la pression démographique croissante, et l’étendue du bassin versant du Kasaï.
Des conséquences humaines, économiques et sanitaires lourdes
Les impacts des inondations à Bandundu sont multiples et sévères. Ils se traduisent par des pertes humaines, la destruction d’habitations, de routes et d’infrastructures publiques, ainsi que par d’importants dégâts sur l’agriculture, l’élevage, le commerce et les biens ménagers.
La recherche met également en évidence une vulnérabilité sanitaire accrue, marquée par la recrudescence de maladies hydriques, du paludisme, de la fièvre typhoïde et d’autres pathologies liées à l’insalubrité et à l’humidité persistante dans les quartiers inondés.
L’exemple des inondations de 2024, ayant touché la cité de Lumbu-Dima, illustre l’ampleur du phénomène : près de 68 % des ménages ont été affectés, faisant plus de 2 700 sinistrés, dans un contexte de précarité déjà prononcée.
Perception du risque et stratégies de gestion
L’étude analyse également la perception du risque par les populations locales, qui considèrent majoritairement les inondations comme des phénomènes dangereux et récurrents, mais face auxquels les capacités d’adaptation restent limitées.
Face à cette situation, la thèse plaide pour une gestion intégrée du risque d’inondation, fondée sur :
des stratégies locales d’adaptation et d’atténuation, une planification urbaine rigoureuse, le renforcement des infrastructures de drainage, et une meilleure coordination entre les niveaux local, provincial et national.
Un travail scientifique salué
Soutenue le 21 novembre 2025 à la Faculté des Sciences et Technologies, Département de Géosciences (Hydrologie et Climatologie) de l’UNIKIN, la thèse de Sœur Damienne Agathe Nkweso Mpia a été sanctionnée par la mention “Grande distinction”.
À travers ce travail, l’auteure apporte une contribution scientifique majeure à la compréhension des enjeux climatiques et urbains en RDC, tout en interpellant les décideurs publics sur l’urgence d’agir pour réduire la vulnérabilité des populations face aux inondations, à Bandundu comme dans d’autres villes du pays.
Divine Mwaluke








