Devant la sous-commission de la Chambre des représentants pour l’Afrique, le parlementaire américain Ronny Jackson a dressé, mardi, un tableau accablant de la situation en République démocratique du Congo (RDC). Lors d’une audition consacrée aux métaux stratégiques intitulée « Métaux, minéraux et exploitation minière : comment le PCC alimente les conflits et l’exploitation en Afrique », Jackson a dénoncé à la fois la corruption généralisée, l’insécurité persistante à l’Est du pays et l’influence croissante de la Chine dans le secteur minier congolais.
Corruption systémique et environnement hostile aux investisseurs
Ronny Jackson a raconté avoir été « choqué » par le niveau de corruption en RDC, illustrant ses propos par le cas d’une entreprise suisse :
« Elle m’a dit qu’elle vaut environ 18 milliards de dollars, mais a reçu une facture fiscale de 80 milliards. Après protestation, c’est redescendu à 1 milliard, un montant toujours faramineux comparé à ses bénéfices », a-t-il affirmé.
Selon lui, la corruption affecte tous les niveaux du système : justice biaisée, taux de change manipulés, amendes exorbitantes, et enrichissement massif des élites pendant que la population vit dans des conditions déplorables.
« Les Chinois peuvent se permettre de verser des pots-de-vin. Ils sont prêts à le faire. Les États-Unis, non », a-t-il insisté, pointant ainsi un déséquilibre concurrentiel flagrant.
Une armée défaillante face à un M23 “incontrôlé”
Sur le plan sécuritaire, le parlementaire ne cache pas son pessimisme :
« Le gouvernement congolais n’a ni les ressources ni la capacité de contrôler l’Est du pays. Le M23 agit quasiment sans opposition. L’armée congolaise fuit ou, parfois, rejoint les rangs rebelles », a-t-il déclaré.
Il accuse aussi le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi d’importer illégalement des minerais depuis cette région en guerre, sans qu’aucune force ne les en empêche.
Tensions régionales et question de nationalité
Jackson est aussi revenu sur la crise d’identité affectant une partie des habitants de l’Est :
« Certaines populations ne sont toujours pas reconnues comme citoyennes congolaises. Cela vient du redécoupage des frontières. Ce qui a été intégré en Ouganda, ne l’a pas été en RDC. C’est un facteur de conflit ».
Un appel au sursaut politique entre Tshisekedi et Kagame
Enfin, il a exprimé sa déception face à la mésentente personnelle entre les présidents congolais et rwandais, qu’il juge nocive pour la stabilité régionale :
« J’ai parlé à Kagame, j’ai parlé à Tshisekedi. Ils doivent mettre leurs différends de côté. Sinon, rien n’avancera ».
Cette audition marque une nouvelle étape dans la prise de conscience américaine du rôle stratégique de la RDC, tant pour l’accès aux minerais critiques que pour la stabilité du continent. Les propos de Ronny Jackson ajoutent une pression diplomatique supplémentaire sur Kinshasa et ses voisins.








