La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée d’Ebola particulièrement inquiétante dans l’Est du pays. Entre souche inédite, absence de vaccin homologué et propagation dans des zones sous tension sécuritaire, les autorités sanitaires redoutent une crise majeure.
Un infirmier à l’origine de la chaîne de contamination
Selon les premières informations, l’épidémie débute le 24 avril à Bunia, dans la province de l’Ituri. Un infirmier meurt après avoir présenté des symptômes compatibles avec Ebola.
Dans son entourage, le décès est attribué au « tumu », une croyance locale assimilée à une malédiction. Le corps est alors transporté, manipulé et exposé lors des rites funéraires, favorisant plusieurs semaines de transmission communautaire.
Plus de 130 décès suspects
Le bilan reste encore provisoire, mais les autorités sanitaires évoquent déjà plus de 130 décès suspects et plus de 600 cas suspects recensés.
Le professeur Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus Ebola, alerte sur une circulation déjà active du virus au sein de la population.
Africa CDC précise toutefois que les chiffres évoluent quotidiennement à mesure que les investigations progressent sur le terrain.
Une nouvelle souche venue de la forêt
Après séquençage complet, les chercheurs de l’INRB ont identifié une souche Bundibugyo totalement nouvelle.
Selon Jean-Jacques Muyembe, cette variante n’est apparentée ni à la souche Bundibugyo détectée en Ouganda en 2007, ni à celle apparue à Isiro en 2012.
Cette découverte complique fortement la riposte sanitaire : aucun vaccin ni traitement homologué n’existe actuellement contre cette nouvelle variante.
Propagation vers l’Ouganda et Goma
L’épidémie dépasse déjà les frontières congolaises. Un homme de 59 ans venu de RDC est décédé le 14 mai à Kampala, en Ouganda, où deux cas ont été confirmés.
À Goma, un cas confirmé a également été enregistré. Les autorités sanitaires y ont identifié 189 contacts à suivre.
Mais la situation sécuritaire complique les opérations. La ville étant sous contrôle de l’AFC/M23, l’absence de coordination sanitaire entre Kinshasa et les autorités locales crée d’importants obstacles logistiques et opérationnels.
Un médecin américain contaminé
Parmi les personnes infectées figure le Dr Peter Stafford, missionnaire américain travaillant à l’hôpital de Nyankunde, près de Bunia.
Il devient ainsi le premier ressortissant américain officiellement testé positif depuis le début de cette nouvelle flambée.
Des failles dans le système de détection
La crise révèle également des insuffisances majeures dans le dispositif de surveillance épidémiologique.
Les 42 laboratoires soutenus par Africa CDC en RDC étaient principalement configurés pour détecter la souche Ebola Zaïre, la plus connue.
La nouvelle variante n’a pu être identifiée qu’au laboratoire de l’INRB à Kinshasa.
« Notre système de surveillance n’a pas fonctionné », a reconnu Jean-Jacques Muyembe.
Restrictions américaines et urgence vaccinale
Face à la situation, les États-Unis ont annoncé des restrictions d’entrée visant les ressortissants non américains ayant récemment séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud, une décision qui contraste avec la position actuelle de l’OMS.
Washington a également promis une aide de 13 millions de dollars, alors qu’Africa CDC estime les besoins immédiats à au moins 30 millions.
En parallèle, le Comité technique consultatif sur les vaccins doit se réunir jeudi afin d’évaluer l’utilisation d’urgence de vaccins existants, notamment Ervebo de Merck, conçu pour la souche Ebola Zaïre.
Trois nouveaux candidats vaccins sont aussi en cours d’accélération :
- un vaccin ARNm spécifique ;
- le vaccin Oxford ChAdOx ;
- le VSV-BDBV.
S. Sakina








