Kinshasa, — À l’Université de Kinshasa, une recherche académique apporte un éclairage nouveau sur les difficultés persistantes de l’intégration régionale en Afrique centrale. Dans sa thèse de fin de cycle, présentée au Département des Relations internationales de la Faculté des sciences sociales, administratives et politiques, Ghislain Osutu Nser analyse les 40 ans d’existence de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et propose une approche théorique innovante : l’homo-intégration.
Quarante ans d’existence, peu de résultats
Créée en 1983, la CEEAC avait pour ambition de devenir un moteur de l’intégration politique, économique et sociale dans la sous-région. Mais plus de quatre décennies plus tard, les résultats demeurent en deçà des attentes.
Selon l’auteur, les causes de cette performance limitée sont largement liées à la gouvernance politique :
« Les dirigeants disent une chose et font autre chose. Ils parlent d’intégration régionale alors qu’ils ne favorisent même pas l’intégration au sein de leurs propres pays », explique Ghislain Osutu.
L’intégration régionale impossible sans intégration nationale
La thèse défend une idée forte : aucune intégration régionale solide n’est possible si les États membres ne sont pas d’abord intégrés de l’intérieur.
Fragmentations politiques, absence de cohésion nationale, gouvernance centralisée ou non inclusive, infrastructures insuffisantes, faible circulation des personnes : autant de facteurs internes qui, selon Osutu, minent toute tentative d’intégration supranationale.
L’approche de l’homo-intégration : une prise de conscience interne
Pour répondre à ces limites, l’auteur propose un concept nouveau : l’homo-intégration, une approche qui appelle les dirigeants et les populations à une prise de conscience sur les potentialités propres à chaque pays.
Cette approche encourage :
un travail de consolidation interne avant toute projection régionale, un changement profond de mentalités, une cohésion nationale renforcée, une meilleure valorisation des ressources internes, une gouvernance orientée vers l’intégration.
La multi-appartenance, un frein supplémentaire
La thèse pointe également la multiplication des appartenances des États à plusieurs organisations régionales, souvent avec des objectifs similaires et parfois concurrents.
« La multi-appartenance ne favorise pas l’intégration. Elle disperse les engagements, dilue les priorités et ralentit les progrès », note l’auteur.
Recommandations aux autorités politiques
À l’issue de son analyse, Ghislain Osutu Nser adresse un message clair aux gouvernements de la sous-région :
réduire le décalage entre discours et actions, renforcer l’intégration nationale avant d’ambitionner une intégration régionale, impulser un changement de mentalité et de gouvernance, lutter contre les contradictions politiques et administratives qui bloquent l’harmonisation régionale.
Un travail salué par la mention « Grande distinction »
La thèse, soutenue à l’Université de Kinshasa, a obtenu la mention Grande distinction, saluant une contribution originale au débat sur l’intégration africaine.
Dans un contexte où les organisations régionales peinent à produire des résultats durables, cette recherche invite les États d’Afrique centrale à regarder d’abord en leur sein pour construire, demain, une véritable union régionale.
Divine Mwaluke








