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Kinshasa : Junior Kudura appelle à une rupture de méthode et suggère la démission du gouverneur

Kinshasa : Junior Kudura appelle à une rupture de méthode et suggère la démission du gouverneur

Kinshasa, RDC — Face à la dégradation continue des conditions de vie dans la capitale, Junior Kudura, acteur politique et membre de la majorité présidentielle, propose une refonte profonde du mode de gouvernance de la ville. Dans une déclaration qui alimente depuis plusieurs heures le débat public, il estime que la situation actuelle de Kinshasa relève désormais de « l’urgence sanitaire et environnementale », nécessitant des mesures exceptionnelles.

Pour Kudura, la gestion de la capitale ne peut plus reposer uniquement sur les autorités provinciales. Il plaide pour une reprise en main par le Gouvernement central à travers une politique d’urbanisation directement pilotée au niveau national. Selon lui, la capitale concentre des enjeux qui dépassent le cadre provincial : intérêts économiques, diplomatiques, stratégiques et symboliques.

Appel à la démission du gouverneur et de son vice-gouverneur

Dans une prise de position rare au sein de la majorité, Junior Kudura estime que l’exécutif provincial doit tirer les conséquences politiques de ce qu’il qualifie de « décalage » entre le programme présenté par le gouverneur lors de son élection et la réalité actuelle.

« Compte tenu de ce qui avait été promis et de ce qui se fait aujourd’hui, il faudrait que le gouverneur de la ville démissionne. Le vice-gouverneur devrait également démissionner, puisqu’il engage aussi une part de responsabilité politique », soutient-il.

Une double démission créerait juridiquement une vacance à la tête de la province. Mais Kudura s’interroge : la CENI serait-elle en mesure d’organiser une élection dans le délai constitutionnel de 30 jours ? Le Gouvernement pourrait-il en assurer le financement ? Selon lui, ces contraintes rendent nécessaire une solution transitoire encadrée par le Chef de l’État.

Un gouverneur nommé, avec une feuille de route contraignante

Se référant à l’article 69 de la Constitution – qui fait du Président de la République le garant du bon fonctionnement des institutions –, Kudura propose la nomination temporaire d’un gouverneur intérimaire chargé d’exécuter une feuille de route nationale sur l’urbanisation.

Cette feuille de route représenterait, selon lui, une véritable politique publique provinciale, fondée sur : des objectifs précis et mesurables, des actions concrètes à court et moyen terme, des délais d’exécution, un mécanisme de suivi, d’évaluation et de sanction en cas de contre-performance.

«Aujourd’hui, lorsque la ville est confrontée à des inondations, à la dégradation des routes ou à la paralysie du transport, c’est déjà le Gouvernement central qui vole au secours de Kinshasa », explique-t-il pour justifier une gouvernance plus centralisée

Une proposition qui fait débat

La suggestion de nommer un gouverneur pourrait être perçue comme une entorse au principe démocratique, reconnaît Kudura. Mais il renverse l’argument :

« La manière dont nous sommes dirigés aujourd’hui n’est-elle pas déjà un rétro-pédalage ? La situation impose des décisions courageuses. »

Pour lui, l’urgence écologique, l’insalubrité chronique, les inondations récurrentes et l’effondrement des infrastructures rendent inévitable une approche plus audacieuse.

Un appel à trancher en faveur des Kinois

Junior Kudura revendique une position « courageuse », susceptible de susciter des réactions au sein de la classe politique. Mais il insiste : la responsabilité première du pouvoir exécutif est envers la population.

« Tous les moyens doivent être envisagés pour régler les problèmes des Kinois », conclut-il.

Si cette proposition n’engage que son auteur, elle s’inscrit dans un débat grandissant sur la gouvernance de Kinshasa, une ville de près de 15 millions d’habitants confrontée à un effondrement continu de ses services publics.

TK

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